dimanche 16 mars 2025

Morand et l'exigence

Morand a dit clairement que nombre de ses publications étaient intéressées, qu'il aimait trop les belles voitures et les palaces, que Grasset lui donnait de trop gros chèques, et qu'il aurait mieux fait d'écrire des choses plus sérieuses, genre "Milady". Or ce texte se lit aisément de façon allégorique. Gardefort représente l'exigence extrême, l'art conçu comme un absolu ; alors que son acheteur est vulgaire, superficiel, et riche, et il gâche la sublime jument. Mais ce Belge (au nom probablement juif de Frumbach) c'est Morand tel qu'il a été, superficiel, vain. Gardefort est son idéal (il ressemble au Sainte-Colombe de Quignard), auquel il a failli, qu'il n'a cessé de trahir. Son Monsieur Teste. Sa mauvaise conscience. Morand tel qu'il aurait dû être. La nouvelle serait sa confession, son autocritique littéraire : Morand cavalier aurait été plus exigeant que Morand écrivain (écrivain vain). Il bat sa coulpe ; il confesse publiquement sa faute. 

Un cas très particulier donc : un autoportrait où l'auteur se peint en personnage secondaire, plat, ignorant des vraies valeurs, jouxtant l'exemple sublime, l'idéal du moi qu'il a presque toujours négligé pour des raisons basses. Morand, passablement antisémite, se peint en juif mondain. Le riche Belge est "l'homme superficiel", bien plus finement emblématique que L'Homme pressé, qui joue sur des ressorts assez simplistes. 

(Tout ceci me semble évident, et a dû être dit et redit, imprimé etc. Mais je sais que souvent, les choses les plus voyantes, comme la Lettre Volée, ne sont pas vues...) 


Monsieur Zéro, qui fait volume avec Milady : 

c'est bien fait, pas inintéressant mais bien moins bon que Milady. Noter que dans les deux cas, un homme est le personnage central, qui ne cesse de bouger dans Zéro, et qui au contraire tend à une sorte d'immobilité équestre dans Milady. Immobilité sous le mouvement apparent. Celui qui dispose du moyen de transport s'en sert pour ne pas bouger, pour ne pas voyager. 


samedi 1 mars 2025

Nabokov, quelques notes

Le mot anglais "nap" signifie "petite sieste". Il n'est pas à l'origine de "kidnapping" , qui vient (je cite etymonline) de "nap" = "to catch (someone) by a sudden grasp, seize suddenly," 1680s, probably a variant of dialectal nap "to seize, catch, lay hold of (1670s, now surviving only in kidnap), which possibly is from Scandinavian (compare Norwegian nappe, Swedish nappa "to catch, snatch;" Danish napes "to pinch, pull"); reinforced by Middle English napand"grasping, greedy." … Racine hautement nab-okovienne. Dès le début de Lolita, HH se classe parmi les "nympholeptes" : "Toutes les enfants entre ces deux âges sont-elles des nymphettes ? Non, assurément pas. Le seraient-elles que nous aurions depuis beau temps perdu la raison, nous qui avons vu la lumière, nous les errants solitaires, les nympholeptes." Le kid-napper dit qu'il est en fait volé par l'enfant, inspiré, dépossédé de sa liberté par les nymphe(tte)s. Cf. Platon, le poète inspiré dans Ion. Ou La Pythie de Valéry, évincée d'elle-même par le Dieu. Le possédé, donc dépossédé, volé, devient voleur. Béni, maudit. 


Amis (Martin) : The War Against Cliche, sur Lolita : 

"It rushes up on the reader like a recreational drug more powerful than any yet discovered or devised."


Un ancêtre de Kinbote ? On lit dans l'article Wikipedia consacré à Draud  (Georg)  : "On doit encore à Draud : […] une édition de Solin, Francfort, 1603, 3 vol. in-4° : quelques-unes des additions de l’éditeur sont curieuses, la plupart sont triviales ou étrangères au sujet ; aussi cette volumineuse édition est peu recherchée. Draud y a changé sans fondement la distribution des chapitres."


Sergueï Petrovitch Botkine (1832-1889), professeur à l’Académie de médecine militaire. Il a donné son nom à la maladie de Botkine, ou ictère cholestatique.


Récurrence chez N. de la fermeture Eclair ; plus qu'un motif, c'est un thème, ou en tout cas une puissante métaphore de la réversibilité du temps par le biais de la réversibilité du parcours spatial. Dans Pnine, bien sûr (sublime passage !), mais aussi dans Regarde les Arlequins ! et encore dans Laura. Il faudrait pieusement éplucher tous les textes à la recherche de toutes les occurrences. L'accident de zip évoqué dans Pnine est-il le décalque d'une aventure personnelle ? Non pas d'un ridicule besoin urgent, mais d'une catastrophe fondatrice : on quitte Petersburg, on y revient, n fois. Et un jour on quitte, mais on ne revient pas ; c'est coincé ! La voie de chemin de fer ressemble bien à une fermeture Eclair. 


Lolita dit à HH que pour elle, le sexe est un amusement d'adolescents, mais qu'entre adultes, c'est dégoûtant. Même idée chez  Camilleri, La Pension Eva : "— Mais tu le sais que nous, dans le grenier, on fait des choses cochonnes et que c’est péché mortel ?  / — Les choses cochonnes, c’est seulement l’homme et la femme quand ils sont grands qui peuvent les faire."


Pnine, scène de la baignade dans la fontaine ; thème de la "foi tactile" : allusion à Saint Thomas, qui voulut toucher les plaies du Christ pour croire. Cf. Lolita av dern. chap : "Thomas n'était pas si bête que ça. C'est bizarre comme le sens tactile, bien qu'infiniment moins précieux pour les humains que la vue, peut devenir dans des moments critiques notre principal, sinon notre seul, levier face à la réalité." Il faudrait pieusement éplucher tous les textes à la recherche de toutes les occurrences de ce thème tactile chez N. (il y a chez lui tellement de visuel qu'on en oublierait les autres sens...).


Pale fire : image parfaite : "along its edge walked a sick bat like a cripple with a broken umbrella."


Pour Nabokov, l’imitation est mieux que le réel, le reflet est mieux que la chose ; on ne peut pas dire de lui ”in a glass darkly” (Kinbote citant Hurley), mais plutôt ”in a glass brightly.”


Pale Fire : à Onhava, étonnante anticipation de l'esthétique lexicale trumpienne ?! ”Taxation had become a thing of beauty.”


Rasage : il faudrait pieusement éplucher tous les textes à la recherche de toutes les occurrences de ce thème important (effacer les effets du temps, revenir en arrière de 24h ; non sans peine parfois). Un passage de Biély (Petersburg) passerait aisément pour du N : « A la lueur d’un bout de chandelle, il se mit à raser son cou velu (il avait une peau tendre, qui se couvrit de petits boutons sous le feu du rasoir). Il se rasa le menton et le cou. Mais le rasoir coupa par inadvertance une moustache : il lui fallait maintenant se raser jusqu’au bout ».


Vulnérabilité humaine : le crâne-scaphandre de Pnine ; et dans The Eye, sous la forme d'un effet de sonorité : "thin skin". Minceur de la paroi entre moi et non-moi. 


Lurie Liaisons étrangères chap. V : 

cité Lectionnaire 

https://lelectionnaire.blogspot.com/2022/01/lurie-enfance.html

"Vinnie [qui fait des recherches universitaires sur les chansons enfantines] voudrait être un enfant, et non en avoir ; elle n’est pas attirée par la fonction parentale, mais par une prolongation ou une récupération de ce qui est, à ses yeux, la meilleure période de la vie. 

L’indifférence aux enfants réels est assez répandue chez les spécialistes du domaine où travaille Vinnie, et se rencontre aussi parfois chez les auteurs de littérature pour la jeunesse. Comme elle l’a souvent signalé dans ses conférences, beaucoup des grands écrivains classiques ont eu une enfance idyllique qui s’est terminée beaucoup trop tôt, et souvent au point de provoquer un traumatisme. Carroll, Macdonald, Kipling, Burnett, Nesbit, Grahame, Tolkien… ; la liste ne s’arrête pas là. Le résultat de ce genre de passé semble être un désir passionné, non pas d’enfant, mais de retrouver sa propre enfance perdue."


Loujine, à l'école, était terne ; on ne se souvenait presque pas de lui (p. 366) ; cf. Charles Bovary. 


Du Nabokov chez Proust (À l'Ombre des jeunes filles en fleurs) : "leurs vignettes s'encastraient multicolores, comme dans la noire Église les vitraux aux mouvantes pierreries, comme dans le crépuscule de ma chambre les projections de la lanterne magique,"


"Ne pas parler aux étrangers" : cela vaut pour les petites filles toujours en danger, mais aussi pour les Moscovites de Boulgakov, au début du Maître et Marguerite. 


Pnine cite Pouchkine : " m’enverra la mort ?" cela commence par Gdié, le ‘cri’ (le seul mot russe) de détresse de Mademoiselle ("où êtes-vous ?" + "où suis-je ?"). Le cri de l'exilé. 


 Deux thèmes nabokoviens : ”Icy” et ”I see.”


Prokofiev, ici nabokovien, s'inspire de Balmont pour ses "Visions fugitives" : « Dans chaque vision fugitive je vois des mondes / Pleins de jeux changeants et irisés. » (soit dit en passant, très belles partitions de P, à tel point qu'on ne dirait pas que c'est de lui). Mêmes monde, époque, et, en partie, esthétique. 


Glory a été traduit par L'Exploit. Cela convient. Mais je ne vois pas pourquoi on n'a pas choisi La Prouesse, qui me semblerait, par rapport au contenu du roman, à la fois plus juste et plus précis. (... au lieu de La Méprise, L'Impair ?...).


Chez Sterne, Tristram s'adresse souvent à son public, en supposant des lecteurs à géométrie variable (masculin, féminin, singulier, pluriel). Humbert procède de façon assez similaire, mais en se limitant aux personnes du jury supposé auquel il présente son explication (jusqu'au savoureux "Frigid gentlewomen of the jury !"). 


mardi 8 octobre 2024

Machado : sa "nuit de mai" (traduction M.P.)


                   a Juan Ramón Jiménez

Era una noche del mes

de mayo, azul y serena.

Sobre el agudo ciprés

brillaba la luna llena,


iluminando la fuente

en donde el agua surtía

sollozando intermitente.

Sólo la fuente se oía.


Después, se escuchó el acento

de un oculto ruiseñor.

Quebró una racha de viento

la curva del surtidor.


Y una dulce melodía

vagó por todo el jardín :

entre los mirtos tañía

un músico su violín.


Era un acorde lamento

de juventud y de amor

para la luna y el viento,

el agua y el ruiseñor.


«El jardín tiene una fuente

y la fuente una quimera…».

Cantaba una voz doliente,

alma de la primavera.


Calló la voz y el violín

apagó su melodía.

Quedó la melancolía

vagando por el jardín.

Sólo la fuente se oía.




Ce poème a tout pour n'être pas rendu, comme je l'aimerais, en rimes et en rythme : mètre bref, mots simples et insubstituables, pas d'effets, pas de contorsions ; donc marge quasi nulle. J'ai essayé, mais seulement "tant bien que mal", de rendre un peu de rythme, un peu de rime.

Mieux vaut lire l'original, certes encore assez peu caractéristique du style ultérieur de Machado, qui a fait sa gloire. Tendre, sensuel, serein, musical, un peu alangui, ce Machado de 1903-1904 est plus proche de Fauré que de Falla… 




à Juan Ramón Jiménez


C'était une nuit de mai

une nuit bleue et sereine.

À la pointe du cyprès

brillait la lune pleine,


illuminant la fontaine

d'où jaillissait l'eau,

intermittent sanglot.

On n'entendait que la fontaine.


Puis on entendit l'accent

d'un rossignol caché.

Et se brisa d'un coup de vent

le jet d'eau incurvé.


Et sur tout le jardin

erra un tendre son :

dans les myrtes un musicien

faisait résonner son violon.


C'était un triste accord

fait de jeunesse et d'amour

pour la lune et pour le vent

pour l'eau et pour le rossignol.


"Le jardin a une fontaine

et la fontaine une chimère…"

Une voix chantait sa peine,

âme du printemps.


La voix se tut et le violon

éteignit sa mélodie.

Il ne resta que la peine

errant sur le jardin.

On n'entendait que la fontaine.



mercredi 19 juin 2024

Levison : un bilan (subjectif)

Levison (Iain).

Bizarre... Sa page Wiki en fr. est très mince ; en anglais, elle est étique !! 3 fois adapté au cinéma en France, rien en pays anglo-saxon. Son dernier roman, Parallax (titre excellent), ne se trouve apparemment qu'en fr. (c'est très étonnant) sous un titre idiot et pas du tout représentatif ("Un voisin trop discret" ; titre très réducteur, sottement anecdotique ; pour tout dire, un titre à la con ! 

Je ne sais pas grand chose de lui, je n'ai pas tout lu ni tout vu. Mais je lui trouve bien des qualités. 

En bref, par ordre chronologique : 

1/ Tribulations d'un précaire : ses débuts ; pas terrible ; un peu tract à la Mélenchon. 

2/ Un petit Boulot : de très bonnes choses, malgré des invraisemblances et quelques morceaux de tracts LFI. (adaptation cinéma bien faite, qui nous épargne les tracts)

3/ Une canaille et demie : astucieux, intéressant, bien vu. Peut-être inspiré de Long Week-end, de Joyce Maynard. 

4/ Trois hommes, deux chiens, et une langouste : distrayant ; une histoire de bras cassés ; Du Welsh en moins hard, donc plus crédible (est-ce dû à l'origine écossaise ?). Cf. aussi Le Pigeon, de Monicelli. 

5/ Arrêtez-moi là : pas encore lu (ni vu)

6/ Ils savent tout de vous : peu vraisemblable, mais bien fait, astucieux. Des passages un peu trop thriller.

7/ Pour services rendus : là, il y a un saut qualitatif très net. C'est très bien, et même plus. Rudement bien construit, habile, intéressant à divers niveaux (écriture, politique, histoire). Les scènes de guerre sont parfaitement rendues (cf. Parallax). Jolie réussite

8/ Un voisin trop discret [Parallax] : un roman de premier plan, complexe, riche. C'est celui qu'on ne trouve pas en anglais, et qui a été trahi dans son titre (qui combine une allusion très judicieuse aux parallélismes et la rectification de l'erreur de parallaxe dans le tir de sniper). Des entrecroisements virtuoses, une qualité exceptionnelle de narration, une gestion parfaite des échos, des analogies, des parallélismes, des rimes de situations. J'ai été épaté. C'est vraiment du solide.

Avec une telle progression, j'attends avec impatience le suivant. 


mercredi 5 juin 2024

Pensées pour moi-même (6)


Seule façon de faire vraiment baisser la mortalité : faire baisser la natalité. 


Mauvais conseil, pléonasme


L'après-guerre, c'est la pré-guerre.


Le temps d’apprendre à lire, il est déjà trop tard.


Le temps d’apprendre à rire, il est déjà trop tard.


Le temps d’apprendre à mourir, il est déjà trop tard.


Les deux pôles du discours : déduire, séduire. 


Institutions de culture, devenues bouillons d'inculture. 


Femme fatale, pléonasme ?


Il ne suffit pas d'avoir du carburant ; il faut aussi du comburant.


La forme d'une fac change plus vite hélas que le cœur d'un mortel !


Trop optimiste, pléonasme


L'ennui porte conseil


Le réel, moins intéressant que le possible. Exemple :  le short et la minijupe.



Pensées recueillies çà et là (30)


Balzac : 

"En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze"


Beckett : 

"Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau."


Bouvier : 

"… vider un peu son cœur de tout ce savoir inemployable qui l'aigrissait..." 


Chardonne : 

"Le principal outil du jardinier, c'est le sécateur"


Chateaubriand : 

"Tout change en Bretagne, sauf la mer qui ne change jamais." 


Gary :

"Dieu a ses moments de distraction, comme tout le monde. parfois, il oublie un homme, et ça fait une vie heureuse."

La danse de Gengis Cohn


Géraldy  : 

"Quand une femme nous aime, ce n'est pas nous qu'elle aime ; mais quand elle nous quitte, c'est bien nous qu'elle quitte"

cité par Chardonne, à Morand, 2


Shaw : 

"Je ne suis pas assez jeune pour tout savoir."


Ramuz,  : 

"on ne dit rien qui ne soit fait d'abord, et […] dire c'est seulement parachever l’œuvre. » 

(Besoin de grandeur p. 268 : allusion probable à la formule : finis coronat opus ; ici, le dire achève et couronne l’être, mais aussi est tributaire de cet être préalable au dire)


Valéry : 

"L’esprit est à la merci du corps"


Bernanos : 

"Les vieilles gens sont plus faciles à séduire qu’on pense. Il suffit de paraître tenir compte de leur avis ."

Un Crime


Bosco : 

"Dans leur sagesse [ils] se méfient du regret et du désir. L’un n’est qu’un désir à rebours, l’autre le plus souvent qu’un regret projeté dans l’avenir. Les deux […] contrarient la saine nature. »

Sylvius


Bove : 

"Tout l’art est de sentir le moment où l’on doit s’arrêter de polir."


Boulgakov : 

"- Ah ! l'argent, l'argent ! Que de maux dans le monde à cause de l'argent ! Nous ne pensons tous qu'à l'argent. Mais l'âme, qui pense à l'âme ?"

Le roman théatral 


Aymé :

"Les arbres sont à peu près tous pareils et rien ne ressemble plus à une pelouse qu’une autre pelouse." 

Les tiroirs de l'inconnu. 


Puzo  : 

"Les grands hommes ne naissent pas dans la grandeur : ils grandissent."

Le Parrain


Baudelaire :

"Dans certains états de l'âme presque surnaturels, la profondeur de la vie se révèle tout entière dans le spectacle, si ordinaire qu'il soit, qu'on a sous les yeux. Il en devient le Symbole." 

Fusées


Hugo :

"Qui préfère à l'hymen, aux purs épithalames,

Aux nids, ce suicide affreux, le célibat ;

Qui voudrait qu'à son gré le firmament tombât."

Légende des siècles X


Thibaudet  : 

"On n'est imité que dans la mesure où les imitateurs se croient originaux en imitant."

Réflex. litt., 1936, p. 157


Valéry : 

"Ce que l'accessoire est compliqué, quand le principal est assez simple."

à Gide p. 569


Shakespeare : 

"As flies to wanton boys are we to the gods. They kill us for their sport"

King Lear


Régnier (H. de) : 

"Vivre avilit ; vivre use surtout - il subsiste sans doute chez certains un noyau non avili, un noyau d'être ; mais que pèse ce résidu, face à l'usure générale du corps ?"


Montherlant :

'"Il me semble qu'il y a dans une mise en scène parfaite quelque chose d'analogue au langage, quand il s'efface devant le sens"

Fils de personne suppl Pléiade p. 267


Kundera : 

"Il faut une grande maturité pour comprendre que l'opinion que nous défendons n'est que notre hypothèse préférée"


Céline : 

"Ce ne sont pas les tyrans qui font les esclaves mais bien les esclaves les tyrans."

lettre à la NRF 


Balzac :

"Les masses ont un bon sens qu'elles ne désertent qu'au moment où les gens de mauvaise foi les passionnent."

Langeais


Claudel : 

"A partir du moment où cessent les sabbats et les sorcières commence la révolution, la Déesse raison, la carmagnole autour de l'échafaud. L'anarchie."

Journal janv-mars 1907


Flaubert : 

"Quant aux déceptions que le monde peut vous faire éprouver […] : on a toujours affaire à des canailles. – On est toujours trompé, dupé, calomnié, bafoué. Mais il faut s'y attendre. "

Lettre à la Princesse Mathilde, 1869


Goncourt :

"Il ne manque rien aux maisons neuves, que le passé."

 Journal, Bouquins t. 2 p. 50


Goncourt :

"Décidément les voyages, ne sont qu’une suite de petits supplices. On a, tout le temps, trop chaud, trop froid, trop soif, trop faim, et tout le temps, on est trop mal couché, trop mal servi, trop mal nourri, pour beaucoup trop d’argent et de fatigue."

Journal, Bouquins t. 2 p. 588-589


Goncourt : 

"Seul ce siècle-ci, cette littérature-ci, a dégagé la sensation de la description."

Journal 1866


Goncourt :

"Le théâtre a fait son temps. En regardant autour de nous, il nous semble que les types ne sont plus assez grossiers, assez entiers, assez uns pour la scène. Avec leur complexité, leurs affinements, leurs contradictions, ils semblent poser uniquement pour le roman."

Journal 1866



Normale

France-Culture (2010). Une universitaire, jeune, que je sens tout de suite Normalienne. Assez intéressante, pas frime, pas de vocabulaire outrancièrement "mode", mais un petit quelque chose que je sens ; un certain tempo dans la diction, un peu rapide, une tension dans le débit. Chez les Normaliennes "habituelles", c'est souvent agaçant, excessif, narcissique, ridicule, prétentieux. Mais ici, j'en perçois mieux l'essence, justement parce que c'est plus discret, limité, modéré. Ce ton juste un peu tendu, juste un peu rapide, est tout de même, malgré sa relative discrétion, destiné à faire sentir : "voyez comme je suis à l'aise, comme je maîtrise mon sujet, comme je ne cherche pas mes mots ni mes idées". C'est tout à l'opposé de : "je maîtrise mon sujet, et donc j'en parle de façon souple pour permettre à mon auditeur de les saisir au mieux". Non, je veux prioritairement qu'on soit saisi par ma maîtrise. Voyez comme ma machine intellectuelle tourne bien ! Pas de crachotis dans la carburation. Affirmation de soi assez agaçante ; promo personnelle sous couvert de parler de ceci ou de cela. Impression que l'on veut sans cesse non pas "prouver" quelque chose, mais "imposer", "s'imposer" (avec gros sabots ou fines chaussures). Impression d'une posture, comme qui passe un concours, et doit impressionner le jury en donnant des signes (pas trop ostentatoires) de maîtrise. 

Effet d'époque ? Aron, premier d'agrégation, grand Normalien s'il en fut, avait une diction toute contraire : souple, simple, laissant à l'auditeur le temps de respirer intellectuellement, et ne cherchant surtout pas à se faire mousser, à se mettre au premier plan ; tendance presque excessive à s'effacer devant l'objet dont il parle. Le style écrit d'Alquié : le prof est un pur tuyau transmetteur, qui ne doit rien mettre de son moi. 

Amiel rejetait avec justesse la rhétorique (rhétorique affective à l'époque, d'autre nature par la suite) de certains profs – rhétorique dont il était notoirement incapable, mais qu'il avait raison de fustiger. 


samedi 1 juin 2024

Le disque et le concert

Infinie supériorité du disque sur le concert. On peut choisir son moment, sa posture. Se faire son programme. On peut se concentrer, se recueillir. Utiliser un casque à réducteur de bruit (s'approcher de la musique intérieure, telle que devait l'éprouver Beethoven). Pas de problème de parking ou de tram. Pas d'agitation sociale, pas de malencontreuse rencontre qui oblige à parler des banalités et des bassesses du quotidien, donc à se dévier de son but ; pas de brouhaha, pas de phrases bêtes ou ineptes entendues malgré soi. Pas de présentateur oiseux (pléonasme). Pas de snobs qui viennent se montrer. Pas de voisins qui papotent pendant la cavatine du XIII° quatuor. Pas de toux. Pas de téléphone qui se rue en contrepoint du morceau. Pas de situation aberrante par rapport à l'axe du son. Pas d'applaudissements (pavloviens). Incidemment, pas de paumes douloureuses. Pas de cris de joie avant même la fin du dernier accord. Pas de bis obligé, ni d'encore standardisé. Possibilité de méditer, de digérer, d'approfondir ce qu'on vient d'entendre – ce qu'on vient d'entendre, et qu'on a eu quelque chance, selon le mot de Claudel, de "devenir" : la musique. 



mercredi 29 mai 2024

Pub ! encore un autre blog !



Disparates, vracs et notules

https://disparatesvracsetnotules.blogspot.com/


(lui non plus n'est pas en marge avec les autres liens, je n'arrive pas à le placer...)

je recopie ici l'Avertissement : 

Valéry dit (à peu près ; il faudrait aller vérifier…) que les idées ne coûtent rien, que c'est la mise en forme qui prend du temps et des forces. J'en tire les conséquences en mettant ici en ligne, sans souci de forme, d'ordre, de cohérence, de style, de domaines, de fréquence, de quantité – en bref, sans souci de quoi que ce soit, des idées non développées, des remarques intéressantes ou inintéressantes, des bribes qui me viennent à l'esprit, qui passent sous mes yeux ou qui hibernent dans mon disque dur. Entre griffonnages sur le calepin et un Tel Quel au petit, tout petit, pied. Une Désobligeante en miettes...




vendredi 24 mai 2024

Pub !


  Je n'arrive pas à ajouter un nouveau lien dans la liste de mes blogs. En voici l'adresse : 

https://leverbicrucistemasque.blogspot.com/

Il est bien moins littéraire que les autres, plus ludique (mot ancien pour dire "fun"). Un petit texte d'explication se trouve dans le Jeu n° 1. Il s'agit d'une façon de faire des mots croisés de façon (un peu) interactive, par indices masqués en encre blanche, révélables par sélection.