Dans son Journal intégral, Bloy note souvent : ”avec Untel, conversation de néant". Pour lui, cela voulait dire : ”conversation sans dimension spirituelle catholique” (N.B. : cela s'applique aisément à la plupart des conversations ; ce en quoi Bloy a une valeur universelle…) Il y a ici une componction d'avoir ainsi gâché en vétilles le temps prêté par Dieu pur chanter Sa gloire.
Ces "conversations de néant" ont souvent lieu au café, devant une (très religieuse) absinthe : Bloy était tout à fait alcoolique, ce qu’on dit peu, et qui explique peut-être en partie la véhémence de son style. Quand il dit qu’il n’y a rien à manger dans sa maison, il ne précise pas que demeure la barrique de vin, très prioritaire sur le pain (autre espèce de la communion). Bloy a consenti à faire de la pub (eh oui, !) pour le vin Mariani, fameux à l’époque, qui demandait des témoignages aux vedettes intellectuelles du temps. Or le Pape lui-même en avait donné l'illustre exemple !
cf. https://fr.aleteia.org/2024/05/11/quand-les-marques-prennent-les-papes-pour-des-hommes-sandwichs/
Bloy se faisant payer en caisses de ce vin très aromatisé (entre autres à la cocaïne) ; l’arrivée de la caisse via un livreur était un moment important dans la vie des Bloy !
Le témoignage-pub de notre furieux est une perle de Verneinung :
"Certes, je suis le dernier homme dont on puisse espérer la complicité pour une réclame. Je suis forcé, pourtant, de reconnaitre que le vin Mariani n'est pas une blague et que ma femme en a été vraiment secourue et réconfortée”.
Il est très anti-réclame mais il est ”forcé” , le pauvre (mot très bloyen !) de vanter sa came favorite… Il fallait bien payer le dealer, qui récompensait en nature !
Ses conversations ”de néant” se faisaient au café sous l’égide de la ”fée verte”, dont il a tenté de se désintoxiquer, mais ce fut dur et, je crois, temporaire. Il me semble qu’il dit (à vérifier, dans son journal ”intégral”, seul sérieux) qu’il ne boit plus quand il boit seulement du vin… Mais il était aussi et encore plus accro au tabac dont il lui a été très difficile de ”décrocher” (comme Huysmans !). Donc, un addict très sérieux, mais qui au moins a su traduire son addiction en textes (parfois) étonnants de (sainte) fureur : avoir le vin mauvais ou être habité par le feu dévorant du Saint-Esprit, au fond, c’est toujours de l’ ”esprit”…

