jeudi 4 septembre 2014

Woolf, Dalloway, Septimus & Evans

     
     
    Si on s'interroge sur la personnalité problématique de Septimus et qu'on demande des lumières aux études universitaires, aux sites web, etc., on rencontre le plus souvent  une explication de ce genre : Septimus est un traumatisé de guerre (shell-shocked) ; ce qu'il a vu et subi a bombardé sa personnalité, et la mort de son compagnon d'armes et ami Evans a accentué sa destruction psychique. A la suite de quoi, pour expliquer le suicide du vétéran, on trouve presque toujours chez les critiques des références aux textes freudiens d'après-guerre sur la pulsion de mort, la répétition, l'au-delà du Principe de Plaisir.
Rien de tout ceci n'est absurde. Mais il semble qu'on plaque ici un peu hâtivement une grille qui ne convient que très partiellement au cas particulier du personnage, qui n'est pas un cas de soldat traumatisé, mais un être de papier auquel son auteur a accordé un profil pondéré de façon très singulière. L'auteur nous dit qu'il a fait la guerre ; il sursaute à l'explosion du moteur au début du roman.

    ... when Evans was killed, just before the Armistice, in Italy, Septimus, far from showing any emotion or recognising that here was the end of a friendship, congratulated himself upon feeling very little and very reasonably. The War had taught him. It was sublime. He had gone through the whole show, friendship, European War, death, had won promotion, was still under thirty and was bound to survive. He was right there. The last shells missed him. He watched them explode with indifference.
    On peut imaginer qu'il a été shell-shocked, mais cela ne nous est pas dit nettement - au contraire, l'accent est mis sur l'indifférence. En revanche, l'auteur montre de façon insistante, réitérée, le rôle joué par la mort du lieutenant Evans, qui revient, qui lui parle, qui l'appelle depuis les rives de la mort (parfois, c'est Septimus qui est mort, parfois c'est Evans). Elle précise également que, lors de la mort de son ami, de son alter ego, de son frère d'armes, dans les tout derniers moments de la guerre, Septimus n'a presque pas réagi, et qu'il a même pris cela pour une preuve de fermeté d'âme. Dans le roman (non pas dans la nosographie usuelle), Septimus présente des symptômes très ciblés, intimement liés à ce fait et pratiquement à lui seul.
    Ses attaques de panique ne ressemblent qu'assez peu à celles d'un Bardamu qui, lui, ressemble bien plus à un traumatisé "classique" (au Stand des Nations : "Sur moi aussi qu’on tire Lola !"). Bardamu est obsédé par la mort, par les revenants ; pas par tel mort, pas par tel revenant (Céline, s'il n'avait peut-être pas lu le texte de Freud sur la pulsion de mort, le connaissait, et l'a abondamment exploité ; cf. M.C. Bellosta : C. ou l'art de la contradiction)
    Il me semblerait donc bien plus pertinent de référer le cas de Septimus, non pas à la pulsion de mort freudienne de 1920, mais plutôt au Deuil et Mélancolie de 1915. Septimus est "moitié mort" avec Evans ; l'investissement affectif (homosexuel ou non, cela n'importe pas) dans cet être, en fait une partie, une moitié de la personnalité de Septimus. Il ne peut pas (comme on le dit trop maintenant) "faire son deuil" d'Evans ; et il se trouve donc dans un état de profonde mélancolie, mutilé de lui-même. Or l'analyse freudienne de la mélancolie (que l'on peut trouver pertinente sans adhérer au freudisme - aux freudismes - en général) ne porte pas spécifiquement sur des situations de guerre, mais sur toute forme de perte d'un objet assimilé au moi, ce qui fait mener "a posthumous existence". La formule est de Keats, dans sa dernière lettre, à Brown, le quasi-homonyme de sa bien-aimée lointaine. Or le poète, hormis la maladie qui était en train de le vaincre, avait motif à s'exprimer ainsi en raison de l'agonie et la mort de son frère Tom, à laquelle il avait assisté et, on n'en doute pas "participé" avec la terrible empathie dont il était capable. Keats laissait un peu de son être dans chaque être aimé (presque dans chaque être tout court) qui disparaissait.
    Mais l'expérience mélancolique de la mort d'un frère fut aussi le lot de V. Woolf, avec son frère Toby. Il est évident, qu'il y a un parallélisme dans le roman entre Clarissa et Septimus ; et V. Woolf avait envisagé la mort, ou le suicide de son héroïne, mais avait finalement renoncé, pour ne pas trop alourdir ce parallélisme (préface à l'éd. américaine) ; elle s'est limitée à une sensation empathique très forte (quasi-mystique) de Clarissa apprenant ce suicide. Dans le roman toujours, c'est une sœur de Clarissa qui, jadis, est morte accidentellement.
    Inutile de rappeler les tentatives et le suicide final de l'auteur, qui n'a pas fait que jeter un shilling dans la Serpentine (allusion à la mort de Harriet Shelley ?). Pour expliquer l'étrange prénom de Septimus, on a évoqué le fait que Virginia était la septième enfant dans la famille. Peut-être. On pourrait aussi voir une sorte de ressemblance sonore entre "Stephen" et "Septimus".
    Septimus ne semble donc pas être vraiment un traumatisé "de guerre", mais un traumatisé "pendant la guerre", fragilisé peut-être par l'expérience de la guerre ; en tout cas un mélancolique.   Une sorte de vicomte psychiquement pourfendu, dont les semblables seraient, plus que Bardamu, Carson McCullers et ses personnages amputés de la moitié de leur âme - "une fraternité qui (...) lie à toutes les mutilations, toutes les carences du monde" (Calvino, Le Vicomte pourfendu, Livre de Poche biblio p. 89 ; cf. aussi p. 60)
    Est-ce ironie du hasard, intention semi-consciente ou similitude voulue ? dans le roman, le seul événement traumatique aurait été la perte de l'ami ; les "traumatic events" se ramèneraient au seul "traumatic Evans". 



samedi 7 décembre 2013

Keats : Bright star (traduction M.P.)



Keats

Bright star ! would I were steadfast as thou art -
Not in lone splendour hung aloft the night,
And watching, with eternal lids apart,
Like Nature's patient, sleepless Eremite,
The moving waters at their priestlike task
Of pure ablution round earth's human shores,
Or gazing on the new soft fallen mask
Of snow upon the mountains and the moors -
No - yet still steadfast, still unchangeable,
Pillow'd upon my fair love's ripening breast,
To feel for ever its soft fall and swell,
Awake for ever in a sweet unrest,
Still, still to hear her tender-taken breath,
And so live ever - or else swoon to death. 






Astre, je t'envie d'être si constant -
Non pour, dans les cieux, resplendir insigne,
Ni, de la Nature Ermite patient,
Observer toujours, d'un œil qui ne cligne
Cette liturgie mouvante des eaux,
Pure lustration de tous les rivages,
Ni la tendre neige en masque nouveau
Tombée sur les monts et les lieux sauvages -
Non - mais toujours là et serein toujours,
Sentir s'élever et sentir ployer
Sous ma joue le sein de mon bel amour,
En un doux souci rester éveillé,
De son souffle entendre le tendre effort,
Et vivre ainsi - ou sombrer dans la mort.




Manrique : Coplas (traduction M.P.)



Jorge MANRIQUE (1440-1479)

Coplas
a la muerte de su padre


Recuerde el alma dormida,
Avive el seso y despierte
    Contemplando
Cómo se pasa la vida,
Cómo se viene la muerte
    Tan callando ;
Cuán presto se va el placer,
Cómo, despues de acordado,
    Da dolor ;
Cómo, a nuestro parescer,
Cualquiera tiempo pasado
    Fué mejor.

Pues si vemos lo presente
Cómo en un punto s'es ido
    E acabado,
Si juzgamos sabiamente,
Daremos lo non venido
    Por pasado.
Non se engañe nadie, no,
Pensando que ha de durar
    Lo que espera
Más que duró lo que vió,
Pues que todo ha de pasar
    Por tal manera.

Nuestras vidas son los ríos
Que van a dar en la mar,
    Qu'es el morir ;
Allí van los señoríos
Derechos a se acabar
    E consumir.



Couplets
sur la mort de son père


S'éveille l'âme endormie,
Se reprenne et avive
    En voyant
Comme s'en va la vie,
Comme la mort arrive
    Se taisant ;
Comme s'enfuit plaisir,
Comme, remémoré,
    Est douleur ;
Comme, à notre sentir,
N'importe quel passé
    Fut meilleur

Puisque voyons présent
Sur l'instant disparu,
    En allé,
Si jugeons sagement,
Tiendrons le non-venu
    Pour passé.
Que nul ne soit déçu
Pensant que doit durer
    Ce qu'attend
Plus que ce qu'il a vu,
Puisque tout doit passer
    Mêmement.

Rivières sont nos vies
Qui s'en vont à la mer
    Du mourir.
Là vont les seigneuries
Tout droit se consumer
    Et finir.


mercredi 23 novembre 2011

Gœthe : Wandrers Nachtlied II (traduction M.P.)

  
[... traduction, adaptation...]

Wandrers Nachtlied (II)

Ueber allen Gipfeln
Ist Ruh,
In allen Wipfeln
Spürest du
Kaum einen Hauch ;
Die Vögelein schweigen im Walde.
Warte nur, balde
Ruhest du auch.




Marche nocturne (II)

Sur toute crête,
Secrète,
La paix.
Sur toute cime,
Infime,
Tu sens à peine
Comme une haleine.
Dans la forêt tout se tait.
Ce doux repos
Sera ton lot
Bientôt.
  

samedi 19 novembre 2011

Gœthe : Selige Sehnsucht (traduction M.P.)

 

Sagt es niemand, nur den Weisen,
Weil die Menge gleich verhöhnet ;
Das Lebend'ge will ich preisen,
Das nach Flammentod sich sehnet.

In der Liebesnächte Kühlung,
Die ich zeugte, wo du zeugtest,
Überfällt dich fremde Fühlung,
Wenn die stille Kerze leuchtet.

Nicht mehr bleibest du umfangen
In der Finsternis Beschattung,
Und dich reisset neu Verlangen
Auf zu höherer Begattung.

Keine Ferne macht dich schwierig,
Kommst geflogen und gebannt,
Und zulezt, des Lichts begierig,
Bist du Schmetterling verbrannt.

Und so lang' du das nicht hast,
Dieses : Stirb und werde !
Bist du nur ein trüber Gast
Auf der dunklen Erde.

Tut ein Schilf sich doch hervor,
Welten zu versüssen !
Möge meinem Schreibe-Rohr
Liebliches entfliessen !



Impatience bénie


Taisez-le, sinon pour le sage,
Loin des sarcasmes du troupeau :
À ce vivant je rends hommage
Qui veut mourir dans le flambeau.

Quand fraîchissent les nuits si tendres
Où se conçoit le nouveau fruit,
Une émotion vient te surprendre
Quand la bougie muette luit.

À jamais s'évade ton cœur
D'un monde privé de lumière ;
En toi s'élève une ferveur
D'épousailles plus altières.

Nulle distance n'est pesante :
Éperdument tu cours au ciel
Vers la lumière ton amante
Qui pour finir brûle tes ailes.

Si jamais tu ne fais tien
Ce "Meurs et deviens !"
Tu vivras pour faire nombre
Sur la terre sombre.

Un roseau prend son essor
Pour bercer le monde !
Que ma plume jette un sort
D'amour à la ronde !
  

dimanche 23 octobre 2011

Leopardi : L'infinito (traduction M.P.)

  

L'infinito     (1819)

Sempre caro mi fu quest'ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell'ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo ; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando : e mi sovvien l'eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s'annega il pensier mio :
E il naufragar m'è dolce in questo mare.



L'infini

Toujours je l'ai chérie, cette colline solitaire
et cette haie qui de tant de côtés
prive le regard du dernier horizon.
Mais moi, en repos, contemplatif, au-delà,
je forge dans ma pensée des espaces illimités
et des silences surhumains
et une quiétude on ne peut plus profonde
où il s'en faut de peu que le cœur manque.
Et comme j'entends le vent parmi ces feuilles,
ce silence infini je le compare à cette voix.
Et il me souvient l'éternité
et les saisons mortes,
et la présente et vive et comme elle sonne.
Ainsi dans cette immensité s'engloutit ma pensée
et le naufrage m'est doux dans cette mer.

Keats : To Sleep (traduction M.P.)

 
To Sleep

O soft embalmer of the still midnight !
Shutting, with careful fingers and benign,
Our gloom-pleased-eyes, embower'd from the light,
Enshaded in forgetfulness divine :
O soothest Sleep ! if it so please thee, close,
in midst of this thine hymn, my willing eyes,
Or wait the amen, ere thy poppy throws
Around my bed its lulling charities ;
Then save me, or the passed day will shine
Upon my pillow, breeding many woes ;
Save me from curious conscience, that still hoards
Its strength for darkness, burrowing like a mole ;
Turn the key deftly in the oiled wards,
And seal the hushed casket of my soul.




Au Sommeil

Toi qui embaumes le minuit serein,
de tes doigts délicats livrant nos yeux
à la douce ténèbre où ne luit rien,
à l'obscur divinement oublieux,
très doux Sommeil, ferme si tu le souhaites
pendant cet hymne mes yeux consentants,
ou à la fin, avec charité, jette
tes pavots sur mon lit en bercement.
Protège-moi de ce jour qui revient
sur l'oreiller en mille idées inquiètes ;
de la conscience qui garde, la nuit,
sa force de chercher, taupe qui creuse.
La clé bien huilée, tourne-la sans bruit.
Scelle mon âme, cassette silencieuse.

Keats : When I have fears (traduction M.P.)

.

When I have fears that I may cease to be
Before my pen has glean'd my teeming brain,
Before high piled books, in charact'ry,
Hold like rich garners the full-ripen'd grain ;
When I behold, upon the night's starr'd face,
Huge cloudy symbols of a high romance,
I think that I may never live to trace
Their shadows, with the magic hand of chance ;
And when I feel, fair creature of an hour !
That I shall never look upon thee more,
Never have relish in the faery power
Of unreflecting love ! - then on the shore
Of the wide world I stand alone, and think
Till Love and Fame to nothingness do sink.


Lorsque je crains que finisse mon être
Sans que ma plume ait glané mon esprit,
Sans qu'un monceau de livres, en toutes lettres,
Soit le grenier de tout ce grain mûri ;
Quand je vois les nues, masques de la nuit,
Symboles géants de haute épopée,
Je crains que trop courte ne soit ma vie
Pour les tracer d'une main enchantée ;
Et quand je sens, bel être d'un moment -
Qu'une dernière fois je te regarde,
Et ne goûterai plus l'envoûtement
De l'amour insoucieux - seul je m'attarde
Au bord du monde et, tandis que je songe,
Dans le néant Amour et Gloire plongent.

.

Keats The day is gone (traduction M.P.)

 .

The day is gone, and all its sweets are gone !
Sweet voice, sweet lips, soft hand, and softer breast,
Warm breath, tranced whisper, tender semitone,
Bright eyes, accomplish'd shape, and lang'rous waist !
Faded the flower and all its budded charms,
Faded the sight of beauty from my eyes,
Faded the shape of beauty from my arms,
Faded the voice, warmth, whiteness, paradise -
Vanish'd unseasonably at shut of eve,
When the dusk holiday - or holinight
Of fragrant-curtain'd love begins to weave
The woof of darkness thick, for hid delight ;
But, as I've read Love's missal through to-day,
He'll let me sleep, seeing I fast and pray.



Passé le jour avec tous ses plaisirs !
Voix, lèvres, mains, et gorge plus encore,
Souffle, chuchotements, tendres soupirs,
Regard clair, forme pure, langueur du corps !
Passé le charme naissant de la fleur,
Passée la vue de mes regards enfuie,
Passés la forme serrée sur mon cœur,
Voix et chaleur, blancheur et paradis -
Trop tôt perdus à la chute du jour,
quand la sainte journée - la nuit sacrée
tisse l'odorant rideau de l'amour,
ombre épaisse pour un bonheur caché ;
Ayant lu de l'amour tout le bréviaire,
J'ai droit au sommeil, par jeûne et prière.

.

Hölderlin Andenken (traduction M.P.)



  
Der Nordost wehet,                               
Der liebste unter den Winden
Mir, weil er feurigen Geist
Und gute Fahrt verheißet den Schiffern.
Geh aber nun und grüße
Die schöne Garonne,
Und die Gärten von Bourdeaux
Dort, wo am scharfen Ufer
Hingehet der Steg und in den Strom
Tief fällt der Bach, darüber aber
Hinschauet ein edel Paar
Von Eichen und Silberpappeln ;

Noch denket das mir wohl und wie               
Die breiten Gipfel neiget
Der Ulmwald, über die Mühl,
Im Hofe aber wächset ein Feigenbaum.
An Feiertagen gehn
Die braunen Frauen daselbst
Auf seidnen Boden,
Zur Märzenzeit,
Wenn gleich ist Nacht und Tag,
Und über langsamen Stegen,
Von goldenen Träumen schwer,
Einwiegende Lüfte ziehen.

Es reiche aber,                                
Des dunkeln Lichtes voll,
Mir einer den duftenden Becher,
Damit ich ruhen möge ; denn süß
Wär unter Schatten der Schlummer.
Nicht ist es gut,
Seellos von sterblichen
Gedanken zu sein. Doch gut
Ist ein Gespräch und zu sagen
Des Herzens Meinung, zu hören viel
Von Tagen der Lieb,
Und Taten, welche geschehen.
Wo aber sind die Freunde ? Bellarmin           
Mit dem Gefährten ? Mancher
Trägt Scheue, an die Quelle zu gehn ;
Es beginnet nämlich der Reichtum
Im Meere. Sie,
Wie Maler, bringen zusammen
Das Schöne der Erd und verschmähn
Den geflügelten Krieg nicht, und
Zu wohnen einsam, jahrlang, unter
Dem entlaubten Mast, wo nicht die Nacht durchglänzen
Die Feiertage der Stadt,
Und Saitenspiel und eingeborener Tanz nicht.
Nun aber sind zu Indiern               
Die Männer gegangen,
Dort an der luftigen Spitz
An Traubenbergen, wo herab
Die Dordogne kommt,
Und zusammen mit der prächtgen
Garonne meerbreit
Ausgehet der Strom. Es nehmet aber
Und gibt Gedächtnis die See,
Und die Lieb auch heftet fleißig die Augen,
Was bleibet aber, stiften die Dichter. 




Repenser         trad. MP

Souffle le vent du Nord-Est
parmi les vents le plus aimé
pour moi promesse aux mariniers
d'esprit ardent de bon voyage.
Mais va-t-en maintenant saluer
la belle Garonne
et les jardins de Bourdeaux
là-bas
où le sentier se rend
à la rive effilée
et où le ruisseau tombe englouti dans le courant mais d'en haut
regarde loin un couple noble
chêne et peuplier d'argent ;
cela encore à moi se pense bien et puis comment
les ormeaux en bosquets baissent large leur cime
au-dessus du moulin
dans la cour toutefois un figuier qui s'accroît.
Les jours de fête vont
sur le sol soyeux
les femmes brunes
au temps de mars
quand la nuit et le jour sont semblables
et sur les sentiers lents
lourdes de rêves d'or
passent berçantes les brises.

Mais que me soit tendue
pleine de sombre lumière
par quelqu'un la coupe odorante
que j'en puisse faire mon repos car il serait doux
de sommeiller à l'ombre.
Il n'est pas bon
d'être sans âme
tout en pensées mortelles.
Ce qui est bon au contraire c'est
une conversation et de dire
le fond du cœur, et d'écouter beaucoup
sur les temps de l'amour
et les grandes choses ayant eu lieu.

Mais où sont les amis ? Bellarmin
et son compagnon ?
Plus d'un saisi de peur ne va jusqu'à la source ;
c'est que l'opulence commence
dans la mer. Eux
comme des peintres mettent ensemble
le beau de la terre et la guerre des ailes
ils ne la dédaignent pas
ni d'habiter des années durant solitaires
sous le mât défeuillé où la nuit ne se traverse pas
des lueurs des villes les jours de fête
ni des cordes qui jouent ni des anciennes danses de l'endroit non plus.

Mais maintenant c'est chez les Indiens
que les hommes sont allés
de cette pointe là parmi les souffles
de ces monts couverts de grappes
où la Dordogne vient
se composer avec la Garonne puissante
large comme une mer
évanouir son flot. Mais c'est elle qui prend
et qui donne mémoire la mer
et l'amour aussi s'applique à river les yeux.
Mais ce qui reste advient des poètes.

Mais où sont les amis ? Bellarmin
et son compagnon ?
Plus d'un saisi de peur ne va jusqu'à la source ;
c'est que l'opulence commence
dans la mer. Eux
comme des peintres mettent ensemble
le beau de la terre et la guerre des ailes
ils ne la dédaignent pas
ni d'habiter des années durant solitaires
sous le mât défeuillé où la nuit ne se traverse pas
des lueurs des villes les jours de fête
ni des cordes qui jouent ni des anciennes danses de l'endroit non plus.

Mais maintenant c'est chez les Indiens
que les hommes sont allés
de cette pointe là parmi les souffles
de ces monts couverts de grappes
où la Dordogne vient
se composer avec la Garonne puissante
large comme une mer
évanouir son flot. Mais c'est elle qui prend
et qui donne mémoire la mer
et l'amour aussi s'applique à river les yeux.
Mais ce qui reste advient des poètes.