jeudi 9 juin 2022

Un f*cking problème de traduction


Parmi les problèmes récurrents de traduction de l'anglo-américain familier, les fréquents fucking ou damned, qui sont la plupart du temps rendus de façon très raide, par une formule qui sent bien trop la traduction. Exemple dans Un petit boulot, de Levison :

"I need a damned vacuum cleaner."

traduit par :

"Il me faut un putain d’aspirateur."

ou :

"Get in the fucking bar."

traduit par :

"Va dans ce putain de bar."

Ça ne marche pas du tout. Jamais un français ne dira ça.

Songer par exemple que le fucking dont sont émaillés les dialogues chez Scorsese peut se loger à peu près n'importe où dans la phrase, au prix parfois d'étonnantes tmèses, voire par l'incrustation à l'intérieur d'un mot polysyllabique ("infixation explétive", semble-t-il). Un mitraillage de fucking !

C'est que ce "fucking", ou ce "damned", qui semblent des adjectifs (damned vacuum), ne sont pas des adjectifs, mais des signaux expressifs libres. Ils ne qualifient que marginalement le nom auquel ils sont associés, mais visent surtout à marquer la tonalité affective générale de la phrase – rogne, exaspération, mépris. Le merdique de la situation déteint sur la chose, qui sert un peu de bouc-émissaire, de paratonnerre.

À la traduction, il faut donc faire porter la marque affective sur l'ensemble de la phrase, ou de la proposition (la phrase est généralement courte). 

Par exemple : 

"Il me faut un aspirateur, bordel !" (ou "merde" ; ou "putain").

ou 

"Putain, il me faut un aspirateur !"

Je ne demande pas un aspirateur qui soit foutu, mais je veux dire que je suis foutu si je n'ai pas d'aspirateur. 


Enfin, ce f*cking problème de traduction, il est pas compliqué, merde !