vendredi 27 novembre 2020

Notules (5)


J'avais jadis mentionné que la diagonale, en peinture, est souvent liée à l'immoralité. 

http://lecalmeblog.blogspot.com/2010/03/sur-la-diagonale-en-peinture.html

Preuve supplémentaire : Prinet / Fragonard





Giono. J'avais naguère mis en parallèle deux textes où Queneau et Nabokov décrivent un personnage par éléments ascendants :

http://lecalmeblog.blogspot.com/2019/11/nabokov-queneau-descriptions-ascendantes.html

Un exemple analogue, descendant, à un moment particulièrement inquiétant chez Giono, Un Roi sans divertissement : 

"... de la brume, comme d’une trappe, se mirent à descendre un pied chaussé d’une botte, un pantalon, une veste, une toque de fourrure, un homme !" 

Le culot spécial de Giono est d'oser le pluriel de 'se mirent'... 



Petit pastiche de ce qu'il faut dire et de ce qu'il faut faire quand on présente la musique classique sur la radio de service public ... : 

"Ce jeune interprète non seulement il est excellent on l'a entendu plusieurs fois dans notre émission et ça vous a beaucoup plu vous nous avez envoyé des foultitudes de mails ça nous a fait plaisir n'est-ce pas Clémentine ? surtout par ces temps de covid et de confinement mais en plus il est vachment impliqué aussi en outre dans la musique de notre temps il commande et il crée j'ai envie de dire des œuvres nouvelles souvent zexigeantes et c'est très bien comme ça de ne pas rester dans les sentiers je veux dire archibattus et poussiéreux du répertoire. Bon, nous l'écoutons dans l' Élégie de Fauré."



Jarry se souvenant de Molière ? Impromptu de Versailles : « Et qui fait les rois parmi vous ? Voilà un acteur qui s'en démêle parfois. Qui ? Ce jeune homme bien fait ? Vous moquez-vous ? Il faut un Roi qui soit gros et gras comme quatre. Un roi, morbleu, qui soit entripaillé comme il faut ! Un roi d'une vaste circonférence, et qui puisse remplir un trône de la belle manière ! La belle chose qu'un roi d'une taille galante ! »



Les écrivains du ‘roman parlant’ sont plus ou moins cérébraux. Queneau l’est beaucoup ; mais il compense heureusement par l'humour et la cocasserie. Ramuz l'est moins, mais il est méditatif (sans être conceptuel). Céline et Giono encore moins, mais en deux sens très différents : ce qui domine chez Giono, c'est la chaleur (le thymos) de l’empathie ; chez Céline, celui de la colère.



Nabokov avait de son premier roman (Machenka) une opinion très mitigée (il n'avait pas tort ; en prendre et en laisser). Il confesse que ce livre a eu, pour une fois et une seule, une fonction 'cathartique' : "La propension bien connue du débutant à empiéter sur sa vie privée en se mettant en avant ou en introduisant un vicaire dans son premier roman, tient moins à l'attrait d'un thème tout trouvé qu'au soulagement de pouvoir se débarrasser de soi avant de passer à un meilleur sujet". L'impersonnalisation moderne doit bien commencer par une évacuation du moi qui expose encore en partie le moi. 



Ramuz. Il arrive qu'on trouve dans un compte rendu savant une formulation parfaite. L'idée vient du recensé (Dentan), la formule, peut-être, du recenseur (Carrard). Peu importe. "Ramuz utilise ce milieu [vaudois paysan vigneron] tout autant qu'il l'exprime, qu'il y prend ce dont il a besoin pour construire son monde propre ; [...] la géographie, donc, ne constitue pas une détermination, mais matérialise un imaginaire."



Dodécaphonisme. J'aime le chocolat 80% ; bien des gens préfèrent 65%. Mais 99%, c'est très amer ; c'est pour très peu de gens, rarement, en petite quantité, et non sans préparation. Pour 99% comme pour Webern, on ne va pas se lamenter de ce que ce ne soit pas la pitance quotidienne du plus grand nombre. Et je ne me sens nullement coupable de n'aimer ni le 99%, ni Webern.



Lire pour ne pas pleurer.



Il y a des erreurs vénielles, mais aussi des erreurs qui sapent la confiance qu'on pouvait avoir en celui qui parle. Un gros contresens, une grosse lacune sur une des bases de ce qui fait sa prétendue spécialité, c'est meurtrier. Imaginons une haute cuve : si on fait un trou dans le haut de la paroi, un peu du contenu fuit. Si on fait le même trou vers la base, c'est toute la confiance qui fuit, avec la 'fiabilité'.