mardi 23 mars 2010

Le couronnement médiatique

Récemment, sur France-Culture, une émission (droit ou économie). L'animateur, prestigieux Universitaire, reçoit une jeune femme, dont il mentionne que c'est une de ses récentes étudiantes ; et il ajoute (avec, semble-t-il, tout de même, une sorte de clin d'œil, de second degré dans la voix) que cet exemple doit encourager les jeunes chercheurs, car il leur montre "qu'il est toujours possible de parvenir à la radio".
"Parvenir à la radio...". Sur un mode probablement distancié, cette incidente est néanmoins significative. Le but de la Recherche est-il d'écrire une belle thèse, qui influera sur la discipline, qui fera date par son sérieux et les perspectives qu'elle ouvrira ? ou bien s'agit-il de passer dans les média ? La consécration du chercheur n'est plus guère la reconnaissance de ses pairs dans le cadre exigeant de petits colloques aussi savants que cheap ; c'est la médiatisation de masse : avoir son nom sur les programmes ; et un jour, peut-être, consécration suprême, "passer à la télé". Plus guère de différence de finalité entre la StarAc, le Loft, et la Thèse.
Mais alors, qui serait assez naïf pour ne pas se dire qu'une thèse austère sur un sujet peu actuel n'est pas la façon la plus économique de "parvenir" ? Mieux vaut gribouiller un truc bien mainstream, qui fasse mousser le buzz, qui attire la polémique, qui gratouille là où ça chatouille ; cela coûte bien moins et rapporte bien plus. Nul ne croit plus que les média(s) soient honoré(e)s de recevoir un chercheur éminent. C'est tout le contraire : elles l'honorent en lui prêtant leur porte-voix, en lui offrant le moyen de renforcer son prestige. Etre, comme disait Berkeley, c'est être perçu. Là sont le prestige, la visibilité, la vie. La reconnaissance, c'est la notoriété.

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